L’heure de la mondialisation

Vendredi après-midi, s’est ouverte à Munich la dix-huitième Coupe du Monde de football. Aux quatre coins du globe, quel que soit le fuseau horaire, des personnes venues d’horizons différents se sont retrouvées devant leur écran de télévision pour voir l’Allemagne en découdre avec le Costa Rica.

A peine cent ans, la FIFA, -Fédération internationale de football associaton - a réussi à imposer son produit, en faisant du même coup la première activité mondialisée. Pendant un mois, l’Allemagne sera le centre du monde, de nombreuses personnalités libèreront leur emploi du temps pour faire remarquer leur amour du sport, les politiques récupèreront les victoires de leurs pays et nous retrouverons tous nos dix ans lorsque notre sélection favorite se produira. Le football, seul empire mondial populaire, réussit là où l’économie et la politique ont échoué : unir les peuples. Et il n’est donc pas surprenant de savoir que la FIFA compte aujourd’hui davantage d’associations affiliées que l’ONU ne compte de pays.

Le sport, avec sa part d’impondérable, donne à chacun l’impression que ses protégés peuvent dominer le monde. On se retrouve à battre les Etats-Unis, le Japon ou toute autre puissance. Et coquin, le tirage au sort nous sort des fois des rencontres à fort goût de soufre : Etats-Unis - Iran en 1998 ou Argentine- Angleterre en 1986 au sortir de la guerre des Malouines. Cette année, les mains innocentes ont offert deux pays l’occasion d’un face à face avec leur ancienne puissance coloniale : le Togo face à la France et l’Angola face au Portugal auront l’occasion de réécrire l’histoire. Comme le Cameroun en 1990 ou le Sénégal il y a quatre ans, elles rêvent de « l’exploit ». Ce terme qu’on utilise pour peu qu’une équipe africaine domine un supposé cador du football. Les footballeurs originaires d’Afrique ont beau évolué aujourd’hui dans les meilleurs clubs du Monde, on estime qu’une fois ensemble, ils redeviennent petits. Parce que comme ses consoeurs économique et politique, la mondialisation sportive ne fait que peu de cas de notre continent. Dans le foot aussi, on est juste bons à créer de la matière première (les joueurs) pour que d’autres l’exploitent. Il n’est pas surprenant que seuls 20% des joueurs qui nous représenteront en Allemagne évoluent sur le continent. Et encore, les dix Angolais faussent un peu les chiffres. Avec l’importance prise par le football de clubs, on se rend à l’évidence : l’Afrique n’a pas son mot à dire pour les grandes orientations du football mondial. Le G14, groupement des meilleurs clubs européens, attaque la FIFA pour remettre en cause le système des convocations en équipe nationale, l’Afrique reste muette. La FIFA propose un système d’indemnisation où les sélections nationales assurent 20% de la valeur des joueurs, les clubs prenant en charge le reste, on n’entend pas plus de voix africaine. En marge.

Certes, les sommes en jeu sont devenues folles, ce qui contribue à une concentration des forces. Mais, le football ne peut se passer de l’Afrique. En raison de sa démographie, mais aussi tout simplement parce qu’avec 53 nations, c’est la plus grande confédération devant l’Europe. Seulement, personne ne se lève pour réclamer un meilleur traitement et tous les quatre ans, on demande à nos équipes de nous permettre de ne pas perdre de place pour le tournoi final. Pourtant, les résultats africains ne sont pas plus décevants que ceux d’Asie ou d’Amérique centrale. Quand il s’agit de nos pays, la Coupe du Monde est un chemin de croix. Tous les quatre ans, les médias occidentaux relayent nos défaillances. En terme d’organisation d’abord, avec les sempiternels problèmes de primes. Le Cameroun en 1990 et les Togolais aujourd’hui qui font les choux gras de la presse en raison des menaces de grève des joueurs. En choisissant leur angle ensuite, nous présentant comme de grands enfants bien contents d’être invités au concert mondial. Ainsi en 2002, les Lions du Sénégal n’étaient pas seulement des quarts de finalistes ayant éliminé les champions du Monde en titre, on a surtout vu des garnements qui s’amusaient, avaient des horaires sans rapport avec la diététique professionnelle, mais qui gagnaient. Cette année, c’est encore pareil, TF1, la chaîne française qui suit les Eléphants depuis deux ans ne parle plus du travail des dirigeants pour présenter une équipe qui ne fera pas de vagues extra sportives, une équipe construite depuis des années sur la base du travail. Non, désormais, à longueur de reportage, on voit les joueurs danser, rigoler, mais plus jamais on ne les voit au travail. On ne parle pas ajustements tactiques, ni du contenu de leurs matchs de préparation. Et pour peu qu’une nation africaine fasse un bon match, des reporters viendront faire leurs sujets habituels sur la sorcellerie et les pratiques qui permettent de faire des résultats.

Toutefois, leur façon de traiter l’Afrique ne nous exonère pas de nos fautes. Il est temps pour notre continent de prendre en marche le train du sport-business, à l’image des Eléphants qui ont su monnayer leur qualification à la Coupe du monde. Celle-ci ne doit pas être une fin en soi, mais permettre au pays de rentrer durablement dans le concert des grands, d’imposer sa voix dans les instances dirigeantes. Certes, depuis vendredi après-midi, nous avons retrouvé nos âmes de midinettes devant nos stars, mais gardons à l’esprit que nous devons influencer le jeu de la globalisation.

Hervé Kouamouo

P.-S.

Le Courrier d’Abidjan