Le foot local ? Parlons-en.

Jusqu’au mois de juin, les amateurs de football vont devoir suivre les péripéties des championnats nationaux. Les feuilletons prendront fin bientôt et donneront leur verdict. Samuel Eto’o réussira-t-il à repousser la concurrence de Diego Forlan pour le Pichichi ? Carlos Kameni et l’Espanyol pourront-ils obtenir un ticket pour la prochaine Ligue des Champions ? Raymond Kalla et Bochum se maintiendront-ils en Bundesliga ?

En résumé, les conversations des footeux seront tournées vers les exploits des joueurs vedettes en attendant la reprise des matchs éliminatoires de la Coupe du Monde 2006.

Nos regards se tourneront vers Barcelone, Istanbul, Lille, Lisbonne voire vers les pays du Golfe. Et malheureusement pas vers les stades de Yaoundé, Douala, Bafoussam ou Garoua. Tandis que depuis la reprise, l’Espagne a pu vibrer sur un Real Madrid - Barcelone, la France sur un Lyon- PSG, l’Allemagne sur un Stuttgart - Schalke 04, le championnat camerounais peine à offrir des rencontres qui font parler d’elles. Même les légendaires Canon - Tonnerre ou Union - Canon n’arrivent plus à attirer du monde. Avec moins de 2000 spectateurs de moyenne, le championnat national fait peine à voir. On est loin des affluences passées, et pourtant on ne peut pas dire que les gens se détournent du football. La preuve est faite par les bonnes audiences des retransmissions télévisées des divers championnats d’Europe ou le succès toujours croissant des Ligues de vacances.

Alors, pourquoi notre Championnat perd-il de son intérêt ? Certes, notre élite évolue en majorité à l’extérieur, mais des pays comme l’Argentine ou le Brésil qui sont également des exportateurs de joueurs réussissent à entretenir une élite d’un certain niveau. Les derbies de Rio ou de Sao Paulo sont toujours des sommets, les River Plate - Boca Juniors enflamment la Bombonera. Et au niveau africain, quelques classiques existent au Caire, à Abidjan ou en Tunisie. On peut donc visiblement s’intéresser à l’actualité internationale, tout en se préoccupant des luttes domestiques. On peut avoir une équipe nationale qui évolue à l’étranger et avoir un championnat national qui captive les spectateurs nationaux. L’exemple français est à ce titre assez révélateur : alors que les Bleus construisaient leurs succès avec des éléments évoluant à l’étranger, le championnat gagnait de nouveaux adeptes et augmentait la fréquentation des stades.

Le produit « Championnat du Cameroun » n’attire donc pas en raison de ses propres faiblesses plutôt que par des contraintes extérieures. Parce qu’il n’a pas su s’adapter à l’évolution du sport moderne, la situation s’est lentement dégradée. Parce que les résultats de l’équipe nationale étaient bons, personne n’a tiré la sonnette d’alarme. La situation actuelle est telle qu’il faut marquer le coup pour attirer de nouveau les spectateurs. Et avec autre chose que la pitoyable signature de joueurs japonais, qui fait passer une fois de plus notre pays pour un joyeux capharnaüm exotique.

La fédération devrait plancher sur un vrai produit susceptible d’intéresser les différents consommateurs : spectateurs, entreprises, télévisions... Et créer un véritable feuilleton à l’instar de ce qui se fait ailleurs. Cet état de choses doit passer par une définition du véritable statut du joueur.

Ces joueurs sont dits non professionnels ; pourtant, ils signent des contrats de plus d’un an, livrent un ou deux matchs par semaine, s’entraînent au moins une fois par jour, font l’objet de transferts. Cette forme d’esclavage moderne - en général on rachète un contrat de travail lors d’un transfert, or dans ce cas de figure, il n’y en a pas - se déroule avec la complicité de la structure fédérative et de l’Etat, puisqu’elle reconnaît les centres de formation (qui forment à quel métier ?) et qu’on délivre des passeports camerounais avec la mention « footballeur » comme métier. Alors, est-ce que « joueur de football » est-il un métier au Cameroun ? Et si oui, pourquoi ne pas le déclarer officiellement, et leur donner les avantages qui y sont liés (statut et salaire minimum) ?

Un championnat, comme tout feuilleton a besoin de vedettes. Or, combien de joueurs de D1 bénéficient d’une notoriété établie ? Combien de passionnés de foot peuvent donner la liste des 18 équipes participant à notre Championnat cette année ? Ne faut-il pas revenir à un championnat avec un nombre moins important d’équipes pour avoir une élite compétitive et reconnue ? Et pourquoi ne pas s’inspirer de ce qui se fait dans les Ligues de vacances avec un championnat qui se terminerait par des play-offs ? Ceci a pour avantage d’avoir de l’intensité tout au long du championnat et permettrait de définir les oppositions à venir dans la phase éliminatoire. Cela éviterait ces parodies de foot que l’on rencontre régulièrement sur nos terrains. Prenons un exemple : un championnat à dix, où les huit premiers se qualifieraient pour les play-offs et où les deux derniers descendraient en D2 mettrait tous les clubs sous pression. Et bien sûr, les clubs devront fournir des garanties de viabilité sous peine d’être rétrogradés.

(La suite la semaine prochaine)

François Djomo

P.-S.

Camfoot.com