Nul n’est prophète chez soi

Lorsque le 06 Février dernier les journaux annoncent l’inauguration du Centre de Formation de Football de Samuel Eto’o à Libreville en présence du Président de la République du Gabon SE Ali MBONGO, je me suis dit comment est-ce possible ?

Déjà, durant la Coupe d’Afrique des Nations, on a vu notre Samuel Eto’o national « puinguissé » avec le « Président rappeur » Mr Ali MBONGO. Les images ont en effet fait du buzz sur la toile. Le site d’informations pressafrik.com dans sa livraison du 21 Janvier 2012 relaye l’information selon laquelle l’investissement de Samuel Eto’o au Gabon avoisinerait les 1 million d’euros (environ 655.000.000 de Francs CFA). Je me suis permis de me poser la question de savoir pourquoi ce digne fils du Cameroun a préféré investir ailleurs que dans son propre pays ? L’expérience de la vie dans le monde auquel nous appartenons a toujours démontré que nul n’est prophète chez soi. Dans notre pays, l’intérêt personnel prime sur l’intérêt général.

Au pays de la mangeoire

Selon certaines indiscrétions, le « pichichi » n’aurait pas supporté que ses 500 millions aillent en fumée dans le même projet à Kribi. Ce n’est pas facile de digérer ce genre d’acte quand on gagne l’argent à la sueur de son front. Contrairement à d’autres personnes qui s’enrichissent étant assis dans leur bureau climatisé, Eto’o doit livrer des matches sous un soleil caniculaire et parfois sous une température avoisinant les moins…20°. Sous d’autres cieux, on lui aurait, dans un tel projet, proposé un terrain gratuitement. C’est ainsi qu’une Nation reconnaissante encourage ses fils à investir au bercail. La construction de son centre de formation de football à Kribi aurait en effet sorti des centaines de nos compatriotes du chômage. En Côte d’Ivoire, l’Etat accorde un soutien sans faille à Didier Drogba dans tous ses projets.

En terre Gabonaise, loin de sa terre natale, Eto’o est vénéré comme un demi dieu alors que dans son propre pays, il est la cible privilégiée de quelques médias et des hommes de mauvaises foi tapis dans l’ombre qui peut-être sont jaloux de ce digne fils du pays. Il ne se passe pas un seul mois sans qu’on ne dise Eto’o a fait ceci, Eto’o a fait cela. Lorsqu’en 2006 la France perd la Coupe du Monde de Football à cause de Zinédine Zidane, les médias français mettent tout en œuvre pour protéger leur star. Dans notre pays, notre star est livrée à la vindicte populaire. Le Cameroun a la réputation de n’avoir aucune reconnaissance envers ceux qui ont écrit les plus belles pages de son histoire.

Lorsque le 26 Juin 2003, Marc Vivien FOE digne fils de notre pays passe de vie à trépas sur le champ de bataille au stade de Gerland de Lyon en France, le Cameroun n’est qu’un. Depuis ma venue dans ce monde cruel, je n’avais jamais de toute ma vie vécu l’unité nationale de ce jeudi 26 Juin 2003. Que l’on soit Bassa’a, Bamiléké, Haoussa, Béti, Ewondo, Bulu, Sawa etc… nous n’étions qu’un. Tous ensemble, on coulait des larmes pour notre « Marco national » Tout le peuple Camerounais a vécu ce jour-là et ce en direct à la télévision le décès de son fils sur lequel il pouvait compter. « Par amour du drapeau, Marc-Vivien Foé est mort. La nation saura-t-elle le lui rendre ? » S’interrogeait alors Melvin AKAM dans son compte rendu du 27 Juin 2003 dans les colonnes de nos confrères Le Messager. Lors de ses obsèques nationales, l’Etat Camerounais avait pris des engagements à savoir pérenniser les œuvres de « Marco ». 9 ans plus tard, ces promesses ne sont que de simples paroles mielleuses. Joindre la parole à l’acte est une maladie incurable dans notre pays. Est-ce moi qui avais écrit un jour que les morts sont morts ? C’est loin de ses terres que Marc Vivien FOE est célébré. A Lyon où il a été sacré Champion de France une année avant son décès avec l’Olympique Lyonnais, un stade porte son nom. Preuve de reconnaissance du peuple français à tout le travail abattu par Marc Vivien FOE. Idem à Manchester où il avait porté pour seulement quelques mois les couleurs de Manchester City. Un gigantesque monument se dresse à l’entrée du stade à l’effigie de « Marco ».

Ils sont nombreux ces footballeurs africains qui ont fait le bonheur des pays d’outre-mer. Zinedine Zidane, Marcel Desailly, Patrick Viera, Sylvain Wiltord pour ne citer que ceux-là, ont écrit les plus belles pages de l’histoire du football français au détriment de leur pays d’origine. La différence c’est que leur pays d’adoption leur est reconnaissant. Alors qu’en Afrique, au Cameroun surtout, nous oublions facilement ceux qui ont payé au prix fort de leur vie ou qui ont tout donné pour hisser au plus haut sommet du football mondial les couleurs de notre continent. La reconnaissance vaut mieux que les lauriers accordés aux agents de commerce mafieux, les grands maîtres de l’assassinat et des pourvoyeurs de la mort qui surpleuplent l’histoire.

P.-S.

Par l’Empereur Britanikus Zendé